Chapitre 9
Arrivés devant l’entrée de la forêt, celle-ci semblait d’une densité infinie. Talia leur conseilla de la suivre avec prudence, mais au même instant, ils remarquèrent que le rayon lumineux s’intensifiait. Ils accélérèrent le pas, mais, comme l’avait dit Talia, plus ils avançaient, plus la forêt s’assombrissait.
« On ne voit plus rien. Il faut trouver un moyen de s’éclairer. Je suis sotte d’avoir oublié de prendre avec moi un lumen » se blâma Talia.
« Avec la précipitation, on a pas vraiment eu le temps. Il faut trouver une solution, sinon on risque de perdre du temps. » lui répondit Haru.
« Tu n’es pas un mage de feu Haru ?
-Euh, si…
-Alors pourquoi tu n’utilises pas ta magie pour nous éclairer ?
-J’y ai pensé mais ce serait beaucoup trop dangereux dans une forêt. J’ai beau contrôler le feu, ça reste trop risqué.
-J’ai peut-être une idée. » Interrompit Lia.
Haru la regarda surpris et demander quelle était son idée.
« Ma magie peut créer de la lumière, elle peut donc nous éclairer.
—Oh mais c’est super ça ! On va pouvoir avancer. » s’exclama Talia.
Haru fut étonné d’entendre que la magie de Lia pouvait faire de la lumière. Après tout, il ne l’avait vu que les soigner jusqu’à présent. Il se dit que sa magie était toujours pleine de surprise, un peu comme Lia finalement.
Lia tendit son bras et une sphère de lumière bleu ciel apparut délicatement dans le creux de sa main. En un geste, elle fit apparaître trois autres boules lumineuses. Les quatre sphères flottaient au-dessus d’eux, éclairant le chemin tout en éclairant le chemin devant eux. Grâce à cette lumière, ils purent avancer sans trop de risques. Après une demi-heure de marche, une lueur se dessina à l’horizon : c’était la caverne Cristal. Vue de l’extérieur, elle ressemblait à une caverne ordinaire, mais, comme son nom l’indiquait, ses parois scintillaient d’un éclat cristallin. On aurait dit des miroirs.
Ils pénétrèrent à l’intérieur et suivirent Talia, qui semblait parfaitement connaître l’endroit. Elle leur expliqua qu’elle venait souvent explorer cet endroit qui regorge de mystères.
Rapidement, ils arrivèrent dans une clairière au centre de la caverne, où des cristaux recouvraient le sol et les parois. La pièce était éclairée par un faisceau de lumière qui filtrait à travers un trou dans le plafond. Le rayon, d’une blancheur éclatante, semblait encore plus imposant à mesure qu’ils s’en approchaient. Lorsqu’ils commencèrent à se rapprocher de la lumière, elle s’intensifia, signalant qu’une explosion était imminente. Après tout, il leur avait fallu environ quarante-cinq minutes pour atteindre ce point. Il ne leur restait plus que quinze minutes avant l’explosion. Haru s’avança prudemment, observant de près la balise magique qui émettait cette lumière.
« Alors, quelle sorte de rayon c’est ? » demanda Talia.
« Haru ne répondit rien. Il se retourna, une expression horrifiée dessinait son visage.
« Qu’y a-t-il ? » demanda Lia, inquiète.
« -Le rayon… pour le désactiver, il faut un sacrifice.
-Un sacrifice ? Quoi comme sacrifice ?
-Ne me dis pas que… » Talia fut horrifiée à son tour.
Haru et elle se regardèrent dans les yeux avant que ce dernier n’acquiesce, ce qui tétanisa Talia et inquiéta Lia.
« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
—Lia, c’est d’un sacrifice humain qu’il nous faut… » lui répondit Talia, éteinte.
À cette réponse, Lia fut épouvantée à son tour et ne sut quoi répondre.
—Ne vous en faîtes pas, ça va s’arranger. » les rassura Haru.
Au même moment, il commença à s’avancer vers le rayon mais Lia le retint en prenant sa main dans la sienne. Sa main était chaude et tremblait légèrement.
« Non Haru…
—Il faut faire quelque chose Lia.
—Mais, pas ça… Il y a forcément une autre solution !
—Vous devez vivre !
—Mais toi aussi !
—Je peux m’en passer. »
À ces mots, Lia comprit qu’il y avait quelque chose d’éteint en Haru. Aux premiers abords, elle pensait que c’était parce qu’il n’avait rien fait face aux gardes hier. Mais elle savait que ce n’était pas que pour cette raison. Il ne voudrait jamais se sacrifier pour cette unique raison. Il y avait autre chose en lui. Quelque chose de bien plus profond. Elle lui répondit dans un désespoir profond :
« Toi oui, mais pas moi ! Tu ne peux pas me quitter. Pas après tout ce qu’on a vécu. »
Ces mots surprirent autant Haru que Lia elle-même. Talia profita de cette occasion pour s’avancer vers le rayon sans que les deux autres s’en aperçoivent. Au moment où elle toucha le rayon de lumière, ce dernier s’éteint progressivement. Nos deux héros se rendirent alors compte de ce qu’elle s’apprêtait à faire.
« Attends Talia ! » s’écria Lia.
—Non, n’approchez pas ! C’est à moi de le faire. Vous deux devez vivre, je le sens.
—Mais…
—C’est mon village, c’est à moi de le sauver, peu importe les moyens. Respectez ma décision, s’il-vous-plaît. »
Lia tenta de protester mais Haru l’en empêcha. Il avait compris que rien ne saurait l’en empêcher. Lia fondit en larmes. Elle s’était prise d’affection pour Talia. Talia absorba petit à petit la lumière de la balise.
« Expliquez à ma grand-mère pourquoi j’ai fait ce choix. Dîtes lui que je suis désolée et remerciez-la pour moi, pour tout ce qu’elle a fait pour moi. »
Haru le lui promis et Talia absorba complètement la lumière blanche. Son corps se contracta sous l’intensité de l’énergie, et elle s’effondra brusquement en arrière. Un cri de douleur et de terreur s’échappa de ses lèvres, tandis que des brûlures se formaient sur sa peau. Elle se tordait, convulsant de plus en plus, jusqu’à ce que, soudainement, tout s’arrête. Le silence s’installa. C’était terminé.
☾ ☾ ☾
Quelques temps après, tous deux ressortirent de la caverne en silence, le corps de Talia, sans vie, dans les bras de Haru. À leur arrivée au village, les villageois étaient heureux et les acclamait, au loin, tout en les remerciant de les avoir sauvés. Mais alors qu’ils s’approchaient, ils virent le corps sans vie de Talia. Un cri d’effroi retentit. Lia voulut de nouveau pleurer mais Haru lui prit la main, en soutien. Elle se retint donc. Madame Smith s’approcha d’eux, les larmes lui montèrent aux yeux. Elle répétait « Ma Talia ». Haru la déposa délicatement au sol et Madame Smith la prit dans ses bras, l’enlaçant. Haru lui dit, avec compassion :
« -Nous sommes désolés… »
☾ ☾ ☾
Quelques heures plus tard, les villageois décidèrent d’organiser des funérailles pour Talia. Madame Smith invita Lia et Haru à rester, mais ces derniers hésitèrent, se demandant s’ils ne seraient pas de trop. Madame Smith secoua la tête et assura que cela aurait fait plaisir à Talia. Finalement, ils acceptèrent.
Ils assistèrent aux funérailles, et Lia ne put retenir ses larmes. Bien qu’elle n’ait rencontré Talia que récemment, elle la considérait déjà comme une amie.
Après la cérémonie, Madame Smith leur proposa de rester encore un moment, mais Haru et Lia déclinèrent l’offre. La vieille dame comprit et ne s’en formalisa pas. Elle leur demanda alors, d’une voix hésitante, si elle pouvait poser une question délicate. Nos deux voyageurs acquiescèrent, et elle leur demanda de lui expliquer ce qui s’était passé, ainsi que les derniers mots de Talia. Haru se lança alors dans le récit, racontant tout depuis le début et répétant ce que Sango lui avait demandé. Après avoir terminé, Haru s’excusa à nouveau. Un long silence suivit, avant que Madame Smith ne prenne enfin la parole :
« Ne vous excusez pas, ce n’est pas votre faute. C’était sa décision et je la respecte. Elle vous a fait confiance et moi aussi. Je vous en remercie donc. » Elle se leva et s’inclina face à eux. Haru et Lia se sentirent honorés et touchés d’une telle confiance envers des personnes qui, hier à peine, ne les connaissaient pas. La vieille dame reprit :
« Maintenant vous pouvez aller vous reposer. Si vous voulez bien m’excuser. »
Puis elle se dirigea alors vers sa chambre, située au rez-de-chaussée. Haru se leva à son tour, suivi de Lia. Ils montèrent les escaliers en silence. Haru s’arrêta soudainement, murmura le prénom de Lia, et la jeune fille se retourna, les yeux remplis de larmes. Il la remarqua et s’approcha d’elle. Sans un mot, Haru la prit dans ses bras. Elle sembla d’abord surprise, mais ne fit aucun mouvement pour se détacher. Il resserra doucement son étreinte et, peu après, elle éclata en sanglots. Ils restèrent ainsi un long moment, dans les bras l’un de l’autre, avant de se séparer et de retourner dans leurs chambres respectives, toujours sans dire un mot. Arrivés devant la porte de sa chambre, Haru brisa finalement le silence et lui demanda :
« Tu es sûr que ça ira ?
—Oui, je vais mieux. Merci… »
Ils se regardèrent en silence pendant un moment, puis Haru lui offrit un léger sourire avant de se diriger vers sa chambre.
Une heure plus tard, Haru frappa à la porte de Lia. Lorsqu’elle ouvrit, les rayons du soleil couchant se faufilaient à travers la fenêtre de la chambre. Ils descendirent ensemble, partageant un dernier repas avant de prendre la route, cette fois-ci, de nuit. Une fois le repas terminé, ils prirent leurs sacs déjà préparés et dirent au revoir aux villageois venus leur rendre visite avant leur départ. Madame Smith était là également, pour leur souhaiter un bon voyage. Ils la remercièrent chaleureusement avant de reprendre leur périple, après avoir vécu ce tragique événement.