Chapitre 5
En voyant leur visage stupéfait de son apparition soudaine, la jeune fille déclara :
« Oh, pardon. J’ai dû vous surprendre.
—Oui, un peu… Nous étions juste pris dans notre conversation.
—Qu’est-ce que tu nous veux ? » Coupa net Haru, méfiant.
« Oh désolée, je ne me suis pas présentée. Je m’appelle Kebren et je suis une habitante de ce village, et vous ? »
Voyant que Haru était toujours sur la défensive, Lia prit la parole, hésitante.
—Je… Je m’appelle Lia et voici… Haru.
—Vous êtes des voyageurs, n’est-ce pas ? Vous avez l’air épuisé… Vous pouvez rester ici cette nuit si vous le souhaitez ! » s’exclama-t-elle.
—Euh… c’est-à-dire que…
—Vous pouvez venir chez moi si vous le souhaitez ! Nous n’avons pas d’auberge mais nous offrons souvent l’hospitalité aux voyageurs dans notre village. Ma maison est la petite là-bas. »
Elle montra du doigt une petite maisonnette en bois, qui était à quelques pas de l’entrée du village. La jeune fille leur dit que s’ils le voulaient, ils pouvaient la suivre. Après cette proposition, elle commença à partir en direction de son habitation. Lia hésita sur ce qu’il fallait faire. Elle savait qu’après ce qu’il s’était passé à Orion, il fallait se méfier mais cette jeune fille était juste une habitante de ce village qui a pour habitude de souhaiter l’hospitalité aux voyageurs, du moins, selon les dires de Kebren. Lia se retourna donc vers Haru, interrogatrice.
« Que faisons-nous ?
—Pourquoi est-ce qu’on suivrait une inconnue comme ça ? » rétorqua le jeune homme.
La jeune fille remarqua que Haru était encore plus méfiant qu’elle ne l’était dorénavant. Elle pensa que c’était ce qu’il s’était passé avec Gärd à la ville d’Orion qui avait accru sa vigilance et elle fut d’autant plus surprise de voir à quel point ces événements l’avaient affecté.
« Peut-être parce qu’il va bientôt faire nuit et que l’on a nulle part où aller et que nous sommes en pleine campagne, qui plus est dans une plaine et que l’on ne peut pas se cacher ? » répliqua la jeune fille.
—Pas faux… »
Après un temps de réflexion. Haru finit par accepter mais décida de ne rester qu’une seule nuit. Lia acquiesça tout en ajoutant qu’elle ferait attention. Ils partirent donc en direction de chez Kebren.
Arrivés devant la porte de la maisonnette, ils y frappèrent pour signifier leur présence. Peu de temps après, la brune ouvrit la porte et, en les voyant, montra un regard surpris.
« Je ne pensais pas que vous serez venus. » dit-elle surprise.
En voyant leur visage hébété, elle devina qu’il n’avait pas compris ce qu’elle voulait dire par là, ni pourquoi elle était surprise. Elle poursuit :
« Au vu de vos visages déconcertés lorsque je vous ai interrompus à l’instant, je me suis dit que vous vous méfiez de moi. Alors j’étais persuadé que vous ne viendriez pas.
—Effectivement, tu as visé juste. Il est difficile de faire confiance en ces temps compliqués, surtout lorsque la personne présente une amabilité telle que la tienne. » expliqua Lia.
Kebren acquiesça à ses explications et les fit entrer. Une fois chez elle, ils apprirent à la connaître un peu mieux. C’était une jeune fille de dix-neuf ans, énergique et pleine de vie, qui parlait toujours très vite. À tel point que Haru et Lia avaient du mal à la suivre par moment.
Ils s’assirent autour d’une table pour parler et boire le thé. Elle leur révéla ensuite qu’elle comprenait que le climat actuel faisait qu’il était difficile de faire confiance à autrui et donc qu’elle comprenait pourquoi ils s’étaient méfiés d’elle. Pour elle, la guerre n’était pas vraiment terminée puisque Kerian et la garde royale étaient des tyrans et qu’ils rendaient la vie impossible aux habitants du royaume.
Elle fut d’ailleurs surprise de voir des voyageurs. Elle n’en voyait pas souvent et de moins en moins de personnes osaient voyager, surtout vers le Sud du royaume, vers la capitale. Lia lui expliqua alors que c’était justement à la capitale qu’ils allaient. Kebren en fut surprise et demanda pourquoi, alors que c’était dangereux pour eux, qui venaient du Nord du royaume, d’aller dans le Sud et de voyager autant. La jeune fille lui répondit qu’elle ne pouvait lui en dire davantage. La brune acquiesça et n’en demanda pas plus. Puis, tout à coup, elle s’exclama :
« J’ai une idée ! Je peux peut-être vous aider à aller jusqu’à la capitale. Je suis très douée en ce qui concerne l’infiltration. Je récolte beaucoup d’informations et je connais toute l’actualité du royaume.
—Pour la faire courte, tu voudrais devenir notre source ? » demanda Haru.
« En quelque sorte oui. Je fais partie d’une lignée qui a la particularité de parler aux animaux. C’est un don héréditaire. Mon don est de parler aux chats, et je dois vous dire que des chats dans le royaume, il y en a des tas !
—Je vois. C’est vrai que ton don peut être intéressant… » dit Haru.
« Réfléchissez-y. » dit-elle tout en se levant pour aller refaire du thé.
Lia fut choquée de voir Haru s’intéresser à la particularité de Kebren. Elle lui chuchota près de l’oreille pour que Kebren n’entende pas, tout en profitant du fait qu’elle se soit éloignée :
« Attends, j’ai bien entendu ? C’est pas toi qui me dit sans arrêt de faire attention à qui on parle.
—Ouais mais je crois que ça peut le faire. J’ai entendu parler de cette particularité et ça m’étonnerait qu’elle soit du côté de Kerian. Disons que cette lignée et la garde royale sont pas en très bon termes. Je vais donc sûrement accepter sa proposition.
—D’accord. C’est toi le guide. »
Au même moment, un bruit venant de la fenêtre retentit, suivi d’un miaulement. Un chat noir aux yeux verts apparut.
« Oh, un chat. C’est le tien ? » demanda Lia.
Kebren revint tout en acquiesçant.
« Oui et c’est aussi ma meilleure amie et ma confidente ! Elle s’appelle Maïa.
—Elle est trop mignonne ! » s’exclama Lia.
Kebren la remercia quand Haru prit la parole pour lui dire qu’ils avaient réfléchi à sa proposition. Kebren fut surprise de la rapidité mais accepta de connaître leur réponse.
« C’est d’accord. J’avais déjà entendu parler de la particularité de ta lignée. Ce qui fait que vous êtes doué en infiltration, en espionnage et en recueil d’informations.
—En effet ! Ravie de collaborer avec vous ! »
Elle se leva et serra la main de Haru devant la mine stupéfaite de Lia.
« Je ferais un bout de chemin avec vous. Je dois me rendre à la ville voisine.
—Laquelle ? Il y en a deux à l’orée de la forêt.
—Piscaris, le village de pêcheurs.
—Nous allons dans l’autre village, donc nos chemins se sépareront après la forêt.
—Ça me va !
Après avoir discuté un temps et but leur thé. Ils visitèrent un peu le village. Kebren leur présenta les différents membres de son clan. Comme elle l’avait dit, ils avaient tous pour particularité de parler aux animaux. Certains, comme elle, parlaient aux chats, d’autres aux chiens, aux oiseaux, aux chevaux, aux chèvres ou même encore, aux loups. Lia pensa que c’était un don très pratique et elle comprenait mieux pourquoi Haru avait accepté l’aide de Kebren. Lia avait déjà entendu parler de ce don mais pensait qu’il ne s’agissait que de légendes. Elle fut ravie d’en apprendre davantage sur ce monde qu’elle connaissait si peu et était contente d’avoir entrepris ce voyage.
Le soir venu, Kebren les salua avant d’aller dormir. Kebren était partit avec Maïa dans sa chambre pendant que Lia et Haru se partageaient le salon. Un long voyage les attendait le lendemain. La forêt était dense et vaste, et même si Haru avait l’habitude des forêts, celle-ci n’était rien en comparaison des petits bois qu’ils prenaient habituellement. Elle était équivalente à la grande forêt du Nord. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’on la nommait la forêt du Grand Sud.
☾ ☾ ☾
Le lendemain matin, notre nouveau trio se leva à l’aube car ils avaient un petit bout de chemin à faire avant d’arriver de l’autre côté de l’orée de la forêt du Grand Sud. Kebren avait laissé Maïa chez elle afin de ne pas l’épuiser du long voyage qui les attendait. Néanmoins, nos voyageurs ne se doutaient pas une seule seconde que Kerian veillait sur eux dans l’ombre à travers la garde royale.