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Chapitre 4 

Installés dans une cabane au cœur de la forêt, Haru et Lia s’accordèrent une halte de deux jours après leur affrontement avec la garde royale à Orion. Alors que le troisième jour touchait à sa fin, ils décidèrent de repartir à l’aube, conscients du danger que représentait un séjour prolongé au même endroit. La garde royale les recherchait toujours, et le moindre faux pas pouvait leur être fatal.

Cette pause prolongée était une exception à leur habitude de ne passer qu’une seule nuit sur place. Elle leur avait permis de refaire des provisions, mais, comme l’avait prévu Haru, les vivres offerts par les habitants d’Orion n’avaient duré que deux jours.

Haru partit donc chercher de la nourriture et de l’eau. Il était, parmi eux deux, le plus à même de se repérer dans une forêt. Pendant ce temps, Lia resta à la cabane pour surveiller les alentours et préparer leurs affaires pour le départ. En rangeant, elle tomba sur son kit de couture et décida de réparer leurs vêtements tout en les enchantant de sorts de protection. Cette tâche l’occupa jusqu’au retour de Haru en fin de journée.

Lorsque ce dernier rentra, il déposa les vivres sur la table de la cabane et vit que tout était bien rangé et préparé. Il chercha Lia des yeux mais ne la vit pas dans la pièce. Au moment où il se demandait où elle était, une douce voix l’interrompit :

« Haru, c’est toi ? »

C’était Lia, dont la voix provenait de la salle de bain. Lorsqu’il se retourna, il la vit dans sa tenue, qui était maintenant rafistolée.

« Qu’est-ce que…

—J’ai fait ça en t’attendant. Je l’ai aussi fait pour toi, avec tes vêtements habituels, puisque tu as dû les changer par d’autres vêtements à cause de ton combat. Et comme ils ont été abîmés par ton combat et les miens aussi, j’ai ajouté un charme magique pour qu’ils soient plus résistants face à la magie. »

Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer et lui donna ses vêtements. Il partit donc dans la salle de bain, pressé par Lia, et se changea, tout en profitant de se laver. Une fois ressorti, Lia s’exclama :

« Ça te va super bien !

—Euh… merci. C’est assez confortable, je dois dire. Maintenant allons dormir. Il se fait tard et la nuit est presque tombée. Nous devons nous lever tôt demain.

—Tu as raison ! Bonne nuit ! »

Lia s’allongea, le cœur léger, satisfaite de cette journée. Haru l’observa un instant, encore surpris par son geste, mais une douce chaleur se répandit dans sa poitrine. Même s’il n’en laissait rien paraître, il appréciait l’attention qu’elle lui avait portée.

Alors que Lia s’endormait paisiblement, Haru s’occupa de ranger la nourriture dans les sacs de voyage. Une fois sa tâche accomplie, il se tourna vers les couchages et aperçut Lia, profondément endormie, son visage empreint de sérénité. Un sourire bienveillant effleura ses lèvres.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu d’autres compagnie que ceux du village, et je dois dire que ce n’est pas déplaisant.

Lia se retourna dans son sommeil, laissant glisser une partie de sa couverture. Dans un geste instinctif et délicat, Haru la remit en place, prenant soin de ne pas la réveiller. Puis, il s’installa à son tour et ferma les yeux. Avant de sombrer dans le sommeil, il se décida de se lever avant elle à l’aube pour s’assurer qu’aucune menace ne rôdait aux abords de la forêt.

☾ ☾ ☾

À l’aube, Lia fut réveillée par un bruit assourdissant. C’était celui de la porte qui claqua. Elle vit Haru entrer en sueur, refermer la porte avec une planche et se précipiter sur leurs sacs de voyage.

« Tu m’as fait peur !

—C’est pas le moment. Prends ton sac ! » Il le lui jeta et elle le rattrapa en plein vol. Elle se leva et se prépara.

« La garde royale nous a retrouvés. Il faut vite partir d’ici ! »

Haru se dirigea vers la porte, Lia sur ses talons. Mais au moment où elle s’apprêtait à franchir l’entrée, un fracas assourdissant retentit. Des planches du toit s’effondrèrent, bloquant le passage. La garde royale était déjà là, ayant ouvert une brèche dans la toiture pour les surprendre.

Lia se retrouva coincée sous une lourde planche. Haru vit la scène et cria son nom. Elle tenta de se dégager, mais en vain. Pendant ce temps, plusieurs gardes descendirent par l’ouverture et s’approchèrent d’elle. Paniquée, elle n’entendait même pas leurs paroles et lutta de toutes ses forces pour se libérer, sans succès.

De son côté, Haru neutralisa les gardes qui l’attendaient devant la poste barricadée en les encerclant de flammes. Sans perdre une seconde, il escalada le mur de la cabane et atteignit le toit. Voyant les soldats se rapprocher dangereusement de Lia, il bondit sur le plus proche et l’assomma d’un coup précis. Puis, concentrant son énergie, il invoqua un cercle de feu autour d’eux, créant un bouclier de flammes.

Lia profita de cette diversion pour ériger un bouclier de lumière bleutée, protégeant Haru et elle d’une éventuelle attaque. Saisissant son épée, Haru fendit la planche qui immobilisait Lia sans la blesser. Il la hissa sur son dos et, sans attendre, bondit hors de la cabane, profitant du mur de flammes comme couverture.

Lorsque le feu s’éteignit, les gardes se précipitèrent vers le toit, mais il était déjà trop tard. À l’extérieur, leurs camarades, piégés par la barrière de flammes, reprenaient enfin leurs esprits, mais leurs cibles avaient disparu.

Ce jour-là encore, Haru et Lia échappèrent de justesse à la garde royale. Mais cette fois, Haru avait puisé énormément d’énergie dans sa magie. Il était épuisé.

Quelques heures plus tard, lorsque Lia se réveilla, elle se retrouvait entourée d’arbres, assise contre l’un d’eux. Elle chercha Haru du regard quand elle entendit un bruissement de feuilles. Elle regarda en direction du bruit, inquiète que les gardes ne la retrouvent. Elle vit une silhouette s’approcher d’elle et essaya alors de se lever mais sans succès. Alors que la peur grandissait en elle, la silhouette apparue. Elle fut soulagée en découvrant qu’il s’agissait en réalité de Haru. Lorsque le jeune homme la vit réveillée, essayant de se lever, il la réprimanda :

« Qu’est-ce que tu fais à essayer de te lever, tu devrais te reposer ! »

Il se rapprocha ensuite d’elle et lui tendit une gourde remplie d’eau. Il lui recommanda fermement de boire.

Elle le remercia, la prit et la but à grande gorgée. Sentir le liquide frais couler dans sa gorge après toutes ses émotions lui fit le plus grand bien.

« Ça va mieux ?

—Oui un peu, mais j’ai des douleurs et j’ai des difficultés à bouger. »

Après avoir dit cela, elle posa sa main contre sa poitrine, ferma les yeux et se concentra. Une lumière bleue ciel apparut au creux de sa main et finit par la recouvrir complètement. Elle recouvra petit à petit ses forces et ses blessures se refermèrent d’elles-mêmes. C’était la première fois que Haru voyait une magie comme celle-ci et en fut stupéfait.

« Approche. » dit-elle d’une voix calme et douce.

Il obéit, comme hypnotisé par sa voix, et elle en fit de même avec lui. Il sentit ses muscles, tantôt contractés et douloureux, se reposer et ses blessures se soigner d’elle-même. Il se sentit revigoré, comme s’il s’était reposé pendant des jours.

« Merci…

—Merci à toi, tu m’as sauvé la vie.

—Je devrais plutôt m’excuser. Si je n’avais pas décidé de rester plus longtemps dans cet endroit, on n’en serait pas là.

—Tu ne pouvais pas savoir.

—Peut-être, mais j’ai fait une erreur.

—L’erreur est humaine tu sais. Mais au moins tu as su y faire face et maintenant on sera plus vigilant. »

Il acquiesça à ses paroles.

« Désolé de te demander ça, mais il va falloir qu’on se remette en route. Ils pourraient nous retrouver.

—Bien sûr. Mais ne t’en fais pas, avec ma magie, on est en pleine forme maintenant.

—Oui, c’était assez impressionnant je dois dire. Je n’avais jamais vu une magie comme ça.

—Oh, ce n’est pas grand-chose. Je te l’ai dit, ma magie est une magie de soutien. Disons que c’est un sort que je n’utilise pas souvent comme il me demande énormément d’énergie psychique.

—Je vois… »

Même s’il était intrigué, il décida de ne pas lui poser davantage de questions sur sa magie. Après tout, lui-même n’aimait pas que l’on se mêle de la vie des autres. Il se dit qu’elle lui en parlera quand elle sera prête à le faire. Puis, ils prirent leurs affaires déposées non loin contre un arbre et reprirent leur route.

Alors que la journée s’achevait, la forêt avait enfin disparu de leur vue et ils arrivèrent dans un assez grand village. Il était grand ouvert et se situait en plein milieu d’une plaine. Les maisons étaient faites de bois et de pierres. Avant d’y entrer, Haru la mit en garde :

« Cette fois-ci, fais attention à qui tu parles. Ne fais pas la même erreur.

—Oui ne t’inquiètes pas. Je ferais attention cette fois. »

Au moment où elle dit ça, une voix enthousiaste les interrompit.

« Salut vous deux ! Vous êtes des voyageurs ? »

Haru et Lia se retournèrent vers l’endroit d’où provenait la voix et virent, juste derrière eux, une jeune fille aux cheveux noirs ébouriffés, la peau mate et les yeux jaunes.


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