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Chapitre 2 

Le lendemain matin, à l’aube, Lia quitta l’auberge et se dirigea vers la porte Méridionale de Northvalée. Une fois sur place, elle balaya les environs du regard à la recherche de Haru, mais elle ne l’aperçut nulle part. Son attention se reporta alors sur l’imposante structure devant elle. Bien qu’on l’appelât « porte », il s’agissait en réalité d’une grande arche de pierre, solidement intégrée aux murs imposants qui encerclaient la ville. La lumière du matin jouait sur la surface grise, donnant à l’édifice un air solennel et intemporel. Perdue dans ses pensées, Lia sursauta en entendant quelqu’un l’interpeller. Elle pivota rapidement, son cœur battant, avant de soupirer de soulagement en reconnaissant Haru. Ce dernier venait de descendre d’un arbre voisin, dont les racines profondes bordaient un vieux banc en bois blanc. D’un geste nonchalant, il épousseta ses vêtements et lui adressa un bref signe de tête pour la saluer. Lia le salua en retour.

« Super, t’es là ! On va pouvoir se mettre en route.

—Donc si je récapitule bien, notre destination finale est la capitale ?

—Exact ! Comme je l’ai dit hier, c’est le moyen le plus simple pour trouver Kerian, ou du moins essayer de le trouver, étant donné que sa « Majesté » ne daigne pas sortir de son château.

—De ce que j’ai cru entendre, on ne le voit pas sortir de son château, mais on ne le voit pas non plus à l’intérieur… Comment va-t-on le trouver ?

—Bonne question ! Honnêtement, je n’en sais pas plus que toi sur la question, mais on finira bien par trouver des explications à ce mystère. »

Lia parut dubitative mais n’avait pas le choix : après tout, Haru n’avait pas tort. C’était bel et bien le seul endroit où l’on pouvait s’approcher du roi. Depuis cette décennie, Kerian n’était pas sorti de la capitale, ou plus précisément de son château.

« Bon, mettons-nous en route avant que la garde royale nous trouve. Surtout qu’elle risque de se mettre à nos trousses. »

Lia acquiesça, et c’est ainsi que commencèrent leur voyage.

☾ ☾ ☾

Deux jours plus tard, ils traversèrent de nombreux petits villages disséminés à travers la campagne. Haru préférait éviter les grandes villes afin d’esquiver le plus possible la garde royale. Cependant, la prudence restait de mise, car celle-ci pouvait surgir n’importe où : patrouillant dans les cités ou pillant les villages isolés. À la tombée du troisième jour, Lia, épuisée, demanda à Haru de faire une pause, n’ayant eu aucun répit depuis le matin.

« Je sais pas si c’est une bonne idée. Ça fait déjà deux jours qu’on voyage et on est encore loin de la capitale. En sachant que le voyage devrait prendre une quinzaine de jours si tout se passe bien.

—Je sais bien, mais je suis fatiguée. Je ne sens plus mes jambes. Et on n’a fait aucune pause aujourd’hui…

Il s’arrêta net. Lia le percuta, leva la tête, et le regarda, abasourdie.

« Bon d’accord, faisons une pause.

—Sérieux ?

—Ouais. On dormira ici et il faut bien reprendre des forces. T’as raison, c’est pas une bonne idée de se précipiter.

—Contente d’avoir réussi à convaincre une tête de mule comme toi ! » se moqua gentiment Lia.

À cette blague, Haru esquissa un léger sourire en coin. La jeune fille le remarqua et fut fière d’avoir réussi à lui arracher un sourire. Mais elle n’en fit pas la remarque.

« Sinon, tu as dit qu’on allait faire une pause ici, mais on est en plein milieu d’un chemin de campagne. C’est beaucoup trop voyant, non ?

—Non, pas ici même. Là-bas ! »

Haru désigna du doigt un petit bois bordant un champ. Sans hésiter, ils s’y dirigèrent. Bien que modeste en taille, la forêt était suffisamment dense, les arbres serrés les uns contre les autres.

S’éloignant du chemin pour éviter d’être repérés, ils installèrent leurs affaires à l’abri des regards. Un feu de camp fut rapidement allumé, projetant une lueur réconfortante dans l’obscurité naissante. Lia s’assit près des flammes, appréciant leur chaleur face à la fraîcheur grandissante de la nuit. Profitant de ce moment de répit, elle se tourna vers Haru et lui demanda :

« Au fait, quelle est cette chose que tu dois faire en rapport avec Kerian ?

—J’ai… pas envie d’en parler. »

Lia n’en demanda pas plus, elle voyait bien que dès que l’on évoquait Kerian, son regard s’assombrissait et paraissait triste. Elle se prépara donc à dormir mais, en remarquant que Haru ne fit pas de même, elle lui posa la question :

« Tu ne vas pas dormir ?

—Non, il faut bien que quelqu’un monte la garde.

—D’accord, je vois. Merci et bonne nuit. »

Elle ferma doucement les yeux, chercha une position confortable pour s’endormir au coin du feu. Bercée par le crépitement des flammes, elle finit par s’endormir auprès du feu.

☾ ☾ ☾

Tandis que nos deux compères passaient une nuit paisible, un homme situé dans la capitale du royaume, Regnuméra, mettait au point un plan pour enfin obtenir ce qu’il convoitait tant. Il se situait dans une salle sombre. Tout au bout de cette pièce se trouvait un trône sur lequel il était assis. On pouvait à peine le percevoir. Tout ce que l’on pouvait apercevoir était son ombre et l’éclat du bleu glacial de ses yeux. Il pensa à haute voix :

« Oui c’est cela, viens à moi, ma petite lumière. »

À cet instant, un jeune homme, vêtu d’une armure et d’une hache, arriva. Sur le côté gauche de sa poitrine, un écusson en forme de « S », représentant un serpent, était finement gravé. S’excusant d’interrompre la réflexion de l’homme tapi dans l’ombre, il porta sa main gauche à son front en guise de salut avant de déclarer, d’une voix hésitante :

—Euh…Majesté ? Que faisons-nous ? Je veux dire à propos de la fille… et du garçon bien sûr.

—Laissez-les venir à moi sans qu’ils ne s’en aperçoivent. Et faîtes semblant de vouloir les arrêter.

—Pardon ? V-vous voulez que nous fassions semblant ?

—Oui, sans blesser la lumière. Il faut qu’elle reste intacte pour le rituel. De toute manière ça ne sert plus à rien de vouloir les arrêter puisqu’ils vont venir à moi.

—Oui vous avez raison mon roi. Mais que faisons-nous du garçon ?

—Lui, il ne m’est d’aucune utilité. Une fois arrivé près de moi, vous pourrez en faire ce que vous voulez.

—Très bien.

—Si tu as compris ce que vous avez à faire alors tu peux disposer.

—D’accord, je ne vous décevrai pas.

—Cela vaudrait mieux pour toi. Sinon tu sais ce qu’il t’attend ? »

Il désigna un grand sceptre en bois autour duquel s’enroulait un serpent en argent. Sa tête, finement sculptée, reposait au sommet du bâton, encadrée par un cercle métallique du même matériau. Deux rubis scintillants faisaient office d’yeux, donnant à l’objet une aura à la fois mystique et imposante.

« Le sceptre… serpentaire. » dit l’homme apeuré.

« C’est exact. Ce sceptre a été créé par mon arrière-grand-père et est donné de génération en génération. Il est très vieux et on dit qu’il est capable d’augmenter la puissance magique en aspirant celle d’autrui. C’est le plus vieux et le plus puissant des bâtons capables de le faire. »

Il était de plus en plus apeuré quand Kerian le rassura :

« Ne t’inquiète pas, tu m’es bien trop précieux pour le moment que j’utilise ce sceptre sur toi. Maintenant tu peux disposer, Gärd.

—Je vous remercie votre majesté. » Le général partit encore plus vite qu’il n’était venu et pensa tout en partant :« Ce serait plus simple si on séparait la « lumière » du garçon. Comme ça, je pourrais capturer la fille et l’emmener au roi. Ainsi, il pourra me récompenser ! »


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