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 Prologue

Je vais vous conter une très vieille histoire datant de plus de deux siècles. Elle se transmet dans ma famille depuis des générations. Mon nom est Hana et l’histoire que je vais vous relater est celle de l’arrière-grand-mère de ma mère. Mais avant toute chose, je dois vous prévenir que cette histoire parle de magie. Tout commence donc, un soir de pleine lune. 

☾ ☾ ☾

Au sommet d’une montagne se situait un village paisible du nom de Céleste. C’était un vieux hameau dont les habitations formaient un cercle, autour duquel se trouvait un arbre immense.

Cette nuit-là, les villageois, comme tous les mois, se rassemblaient près du grand arbre de leur village, considéré comme leur gardien. Ce dernier les protégeait depuis plusieurs années des guerres qui ravageaient le royaume. Le chef du village, un vieil homme aux cheveux gris et à la démarche boiteuse, s’appuyant sur sa canne pour marcher, s’approcha de l’arbre et se mit à parler d’une voix forte et grave en s’adressant au village :

« Comme toujours, le Grand Arbre veille sur nous et protège notre village depuis sa création. Prions pour qu’il continue de nous protéger de cette guerre. »

Les villageois s’agenouillèrent en silence et commencèrent à prier. Un calme plat régna dans le village, quand, soudain, un craquement en direction de l’arbre brisa la quiétude de la prière et ce dernier se mit à s’effondrer lentement sur le sol en un bruit assourdissant. Un des guets fit sonner les cloches pour avertir une attaque. Dans la panique, les villageois s’éparpillèrent dans toutes les directions. Des coups tranchants et invisibles ne cessaient de pleuvoir : c’était de la magie. Parmi la foule se trouvait une petite fille. Sa mère la prit par la main et l’emmena près d’un vieux chêne, situé à l’extrémité du village. À l’intérieur se trouvait une cavité à peine visible, cachée par des buissons. Une faible lumière aux nuances bleutées émanait du trou et luisait dans le noir. La mère y cacha sa fille et lui dit avant de partir :

« Je veux que tu restes ici, d’accord ; tu ne bouges sous aucun prétexte.

— Maman, où est papa ? » demanda d’une voix inquiète la petite fille tremblante.

« Ne t’inquiète pas, je vais aller le rejoindre. Pendant ce temps, je veux que tu restes ici. »

Ne sachant quoi dire et apeurée par la situation, la petite fille se mit à pleurer. La mère s’éloigna après lui avoir déposé un dernier baiser sur le front et avoir bien dissimulé la cachette avec les buissons et une magie protectrice de glace. Alors qu’elle s’éloignait, les larmes se mirent à couler : il était fort probable que ce serait la dernière fois qu’elle reverrait sa fille.

Dans l’obscurité du renfoncement, la petite fille restait immobile. Elle était seulement éclairée par les lueurs bleutées. Effrayée, elle entendait les cris des villageois, ainsi que des coups tranchants fendre l’air. Elle eut l’impression que ce moment dura une éternité. Elle finit, sans s’en rendre compte, par s’endormir.

☾ ☾ ☾

Lorsque la fillette se réveilla, elle n’entendit plus aucun bruit. Elle sortit alors de sa cachette et se rendit compte que le sortilège de glace de sa mère avait fondu, ce qui ne pouvait signifier qu’une chose. Mais la petite fille refusait d’y croire.

Au-dehors, le soleil se levait à peine. Alors que ses yeux s’habituaient lentement à la lumière du jour, elle se retrouva face à une vision d’horreur :  les cadavres des villageois gisaient à terre et du sang s’était répandu partout, éclaboussant le sol, maculant les murs, souillant chaque parcelle de terre. Certains corps n’étaient même plus reconnaissables et d’autres ne ressemblaient même plus à des corps humains. Du côté du cœur du village, le Grand Arbre était couché par terre, déraciné. La jeune fille regarda le spectacle, interdite. Elle marcha dans les décombres un moment, puis finit par se réaliser qu’elle était la seule survivante. Elle n’osait y croire et un sentiment intense de vide s’empara d’elle. Elle n’arrivait pas à dire ce qu’elle ressentait à cet instant, comme si elle ne ressentait plus rien. Juste du vide.

Alors qu’elle continuait d’errer, à regarder les ruines de son village et les corps sans vie, elle entendit des voix au loin. Elle eut, pendant un instant, l’infime espoir que des personnes avaient survécu, mais ce dernier fut vite réduit en lambeaux. Elle s’approcha lentement et vit des créatures de la nuit : c’étaient des créatures magiques, humanoïdes, à l’allure sombre et ressemblant à des ombres. Il était surprenant de les voir ici. Habituellement, elles vivaient dans des lieux reculés et inaccessibles aux humains. Elles avaient la particularité effrayante de pouvoir prendre l’apparence d’autrui, ainsi, elle connaissait bien le monde des humains, même si elles n’avaient pas l’habitude d’y vivre.

La petite fille se demandait ce que ces créatures pouvaient bien faire ici. Elle décida d’écouter discrètement leur conversation, en espérant en apprendre davantage :

« Bon… nous ne l’avons pas trouvée. Que fait-on ?

— Si nous ne l’avons pas vue, c’est qu’elle est vivante. Elle a probablement fui.

— Que dirons-nous à Kieran ?

— Qu’elle s’est échappée. » Sur ces mots, elles s’en allèrent à toute allure.

« Kieran ? Qui est-ce ? Est-ce que c’est lui qui a fait ça ? Et de qui elles parlaient ? Qui elle cherchait ? » pensa la petite fille, pleine de questions sans réponse.

☾ ☾ ☾

Dix ans plus tard. Après plusieurs décennies, la guerre avait pris fin et le royaume était de nouveau en paix. Un nouveau roi venait de faire son ascension au trône et avait mis fin à ce conflit avec les autres royaumes par un accord tacite. Il avait pris le titre de roi en effectuant un régicide et en tuant les moindres héritiers directs et anciens conseillers royaux. Néanmoins, un très jeune successeur lointain avait fui, car son âge ne lui permettait pas encore de reprendre le titre. Ce nouvel autocrate répondait au nom de Kieran.


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